L’hypertrophie bénigne de la prostate (ou adénome de la prostate) est une augmentation du volume de la prostate. Elle est extrêmement fréquente et donne des symptômes essentiellement après 50 ans. Presque un tiers des hommes en sera traité ou opéré. L’augmentation du volume prostatique va perturber la vidange de la vessie et progressivement altérer son fonctionnement, voire celui des reins. Au stade ultime, la vessie se bloque et ne peut plus se vider : on parle alors de rétention urinaire. La rétention urinaire peut être aigüe et très douloureuse, ou chronique et de diagnostic plus difficile car indolore. La rétention peut se compliquer d’une dilatation des cavités rénales et d’une insuffisance rénale.

 

Quels sont les symptômes de l’hypertrophie bénigne de prostate ?

On différencie les symptômes liés aux difficultés à uriner (la phase mictionnelle) et les symptômes liés au remplissage de la vessie par les urines (la phase de remplissage) :

– les symptômes liés à une altération de la phase mictionnelle sont : un jet faible, parfois en pomme d’arrosoir, qui tarde à démarrer, se terminant par des gouttes retardataires, avec parfois nécessité de pousser. La miction est longue, parfois en plusieurs fois.

– les symptômes liés à la dégradation de la phase de remplissage de la vessie : mictions nocturnes, envies urgentes, difficilement contrôlables, avec des mictions trop fréquentes et peu abondantes, et parfois des fuites d’urine.

 

Pour examiner la prostate, votre médecin ou votre urologue réalisent un toucher rectal afin d’évaluer le volume et la consistance de la prostate. Le toucher rectal est rapide et quasiment indolore.

 

Des examens complémentaires comme une échographie de l’appareil urinaire, un examen d’urine (ECBU), une prise de sang (dosage du PSA pour dépister le cancer de la prostate), des questionnaires d’évaluation pourront être prescrits.

 

Pour mesurer le débit urinaire, une débitmétrie pourra être effectuée au cabinet d’Urologie. Il s’agit d’un examen très simple consistant à uriner dans un entonnoir et qui permet de mesurer l’écoulement du jet d’urines. Dans les cas plus complexes, un examen de la vessie sous caméra sous anesthésie locale (cystoscopie) ou un bilan urodynamique (mesure des pressions dans la vessie et au niveau du sphincter urinaire) pourront être demandés.

 

Traitements médicaux de l’hypertrophie bénigne de la prostate :

 

En l’absence de gêne importante ou de complication, l’adénome de prostate peut être simplement surveillé. Lorsqu’il entraine des symptômes, les traitements médicamenteux sont indiqués :

 

– Extraits de plantes (exemple : serenoa repens, pigeum africanum)

– Alpha-bloquants (exemple : silodozine, tamsulosine, doxazosine, alfuzosine, …): ils permettent une relaxation du col de la vessie et du canal de l’urètre au niveau de la prostate. C’est le traitement le plus souvent prescrit.  Les effets secondaires possibles sont une baisse de la tension artérielle, des maux de tête, une sensation de vertige, des troubles digestifs, des troubles visuels, une disparition de l’éjaculation. L’effet est rapide et est perceptible quelques jours après le début du traitement. La prise d’un alpha-bloquant doit être signalée à votre Ophtalmologiste si vous devez être opéré de la cataracte.

– Inhibiteurs de 5-alpha-réductase (exemples : dutastéride, finastéride) : ils entrainent une diminution du volume de la prostate. Ils sont préconisés pour les hommes dont la prostate dépasse 40 grammes. La diminution de volume prostatique est obtenue après environ 6 mois de traitement. Ils entrainent une diminution du taux de PSA qui devra être contrôlé. Les principaux effets indésirables possibles sont une baisse de la libido et des troubles de l’érection.

– Associations de traitements : on peut associer alpha-bloquants, inhibiteurs de 5-alpha-réductase et anti-cholinergiques (relaxants musculaires de la vessie).

– Inhibiteurs de phospho-diestérase de type 5 : il s’agit d’un traitement pour les troubles de l’érection mais qui peut également être bénéfique sur les troubles urinaires de l’homme s’il est pris quotidiennement (tadalafil 5 mg ou 2,5 mg/jour). Il peut donc être proposé chez des hommes présentant des symptômes urinaires et des problèmes d’érection. Ils sont contre-indiqués chez les patients recevant des dérivés nitrés, souffrant d’une insuffisance cardiaque, ayant présenté un infarctus du myocarde récent ou de l’angine de poitrine, ayant eu un accident vasculaire cérébral dans les 6 mois, présentant une hypertension artérielle non contrôlée, ou ayant eu une perte de la vision d’un œil par neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique.

 

Principaux traitements chirurgicaux de l’hypertrophie bénigne de prostate :

 

Les traitements chirurgicaux sont proposés si les traitements médicaux sont insuffisamment efficaces, mal tolérés, ou en cas de complications (rétention urinaire, vidange vésicale incomplète, calculs vésicaux, infections urinaires récidivantes, dilatation des reins, insuffisance rénale liée à l’obstruction).

 

– Résection endoscopique de la prostate

La résection endoscopique de la prostate (aussi appelée résection trans-urétrale de prostate ou résection endo-urétrale de prostate) : L’intervention va permettre d’élargir le canal de l’urètre au niveau de la prostate pour que les urines passent à nouveau librement. L’opération est effectuée par les voies naturelles grâce à une caméra (ou endoscope) et un résecteur électrique qui va enlever des copeaux de prostate. Les copeaux sont ensuite envoyés pour une analyse au microscope. La résection peut utiliser un courant électrique monopolaire ou bipolaire.

L’intervention est réalisée sous anesthésie générale ou loco-régionale (rachi-anesthésie). Après l’intervention, une sonde urinaire en lavage sera laissée quelques jours. En moyenne, l’hospitalisation est de 3 à 7 jours. Les anticoagulants devront être arrêtés avant l’intervention.

Les effets indésirables possibles de l’opération sont : les saignements – qui peuvent survenir pendant plusieurs semaines après l’intervention et parfois bloquer la vessie (rétention urinaire) – et les infections urinaires, qui nécessiteront des antibiotiques. La libido et les érections ne sont généralement pas ou peu altérées par l’intervention mais, dans plus de 80% des cas, les éjaculations ne seront plus présentes (éjaculations rétrogrades dans la vessie). Le risque d’incontinence est rare et généralement transitoire. Des rétrécissements (ou « sténoses ») du canal de l’urètre ou de la loge de résection prostatique peuvent parfois survenir et sont révélés par une baisse progressive mais rapide du débit urinaire. Le risque de repousse de l’adénome nécessitant une nouvelle résection est de 12 à 15% à 8 ans.

+ Fiche PDF AFU Résection trans-urétrale de prostate

 

– Traitement de la prostate par Laser (Laser prostate)

Le Laser est aujourd’hui une alternative validée et efficace de la résection endoscopique de la prostate qui a permis de diminuer significativement le risque de saignement. La Clinique du Pré est équipée de la dernière génération de Laser de Vaporisation Photoselective de la Prostate (AMS Greenlight XPS).

L’intervention consiste à passer une caméra (endoscope) par les voies naturelles et à réduire le volume prostatique grâce au Laser de 180 W. Après l’intervention, une sonde urinaire est laissée en moyenne pendant 24 à 48 heures. En l’absence de contre-indication, l’intervention peut être réalisée en ambulatoire (hospitalisation d’une journée) avec ablation de la sonde vésicale à domicile le lendemain par une infirmière.

Les principaux avantages du Laser sont une diminution du risque de saignement, du risque de transfusion sanguine, de la durée de sondage urinaire après l’intervention et de la durée d’hospitalisation. Cette diminution du risque de saignement a conduit l’Association Européenne d’Urologie à recommander la Photo-Vaporisation Laser de la prostate chez les patients prenant des anti-coagulants ou à haut risque cardio-vasculaire.

Après l’opération, des envies fréquentes ou urgentes peuvent survenir et s’estomperont en quelques semaines. On s’assurera néanmoins, en cas de symptômes importants ou de fièvre, de l’absence d’infection urinaire. Le risque d’incontinence est rare et généralement transitoire. La libido ou les érections ne sont généralement pas perturbées par l’intervention mais les éjaculations ne seront plus visibles lors de l’orgasme dans 75% des cas (éjaculations rétrogrades dans la vessie). Un rétrécissement (appelé « sténose ») du canal de l’urètre ou de la loge de vaporisation peut parfois survenir et sera révélé par une diminution progressive mais rapide de la force du jet d’urine. Le risque de repousse de l’adénome avec récidive des symptômes nécessitant une nouvelle vaporisation Laser est inférieur à 10% à 3 ans.

 

– Radiofréquence prostatique (Prostiva)

Cette technique permet de réduire le volume prostatique grâce à 2 fines électrodes insérées dans la prostate. L’intervention est réalisée sous caméra par les voies naturelles, en chirurgie ambulatoire. Cette technique mini-invasive peut être proposée en alternative au traitement médical mais offre des résultats moins durables que la résection endoscopique ou le Laser.

L’effet thérapeutique est perçu 2 à 8 semaines après l’intervention.

Les risques possibles sont la rétention d’urine (blocage urinaire généralement transitoire nécessitant la pose d’une sonde urinaire), les saignements urinaires, les envies d’uriner urgentes ou fréquentes et les infections urinaires. Ces effets indésirables sont habituellement transitoires. Les risques de troubles de l’érection, de l’éjaculation, et d’incontinence urinaire sont inférieurs à 2%.

+ Fiche PDF AFU traitement par radiofréquence de l’hypertrophie bénigne de prostate

 

– Adénomectomie par voie ouverte :

Cette intervention est réservée aujourd’hui aux prostates de volume important. L’opération nécessite une ouverture au-dessus du pubis et consiste à retirer l’adénome de la prostate en le décollant de sa capsule.

+ Fiche PDF AFU adénomectomie prostatique